Photo: Per-Anders Pettersson, MSF
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Kenya : « Sans chirurgie, ils auraient probablement perdu leurs membres »

Le chirurgien Gary Myers travaille à l'hôpital de Eldoret au Kenya, au sein d'une équipe de Médecins Sans Frontières (MSF). Avec l'aide du personnel de l'hôpital, MSF offre des soins médicaux d'urgence à Eldoret, en réponse aux violences qui ont secoué certaines régions du pays après les élections de décembre 2007.Dr Myers explique le soutien chirurgical qu'il offre à un personnel hospitalier compétent, mais dépassé par un nombre effarant de blessés.


Nouvelles | 14 janvier 2008

Par Dr. Gary Myers, chirurgien MSF.

« J'ai été vraiment choqué par l'intensité de certains actes de violence. Sur trois des patients que j'ai vus, les blessures causées par la panga (machette) étaient telles qu'il a presque fallu amputer. Dans mon travail avec MSF, il est vraiment inhabituel de voir des fractures causées par des armes blanches. Ici, la moitié des patients présentaient ce type de blessures. S'ils n'avaient pas été opérés, ils auraient probablement perdu leurs membres.

L'hôpital d'Eldoret est très bien équipé. C'est un établissement de 600 lits qui dispose, à pleine capacité, de quatre salles d'opérations, avec quatre chirurgiens et plusieurs spécialistes, anesthésistes et infirmières. Mais ils ont été sensiblement débordés suite aux récents affrontements. Juste après, ils ont été confrontés à un manque de personnel, car beaucoup d'entre eux, en particulier les infirmières, habitent en dehors du centre-ville et n'ont pas pu retourner travailler en raison des barrages routiers.

L'une des premières actions de MSF à Eldoret fut de vérifier que l'hôpital disposait de suffisamment de matériel médical. Nous en avons alors donné et nous avons aussi estimé que le service de chirurgie pourrait bénéficier d'un soutien. C'est pour cela que je suis arrivé de Genève.

Aujourd'hui, environ deux semaines après les pires moments de violence à Eldoret, l'essentiel des actes chirurgicaux d'urgence vitale ont été faits. Nous traitons donc maintenant les patients qui restent, ceux qui ont besoin de soins et ceux qui nécessitent de nouvelles interventions. Il nous reste 110 à 120 personnes à consulter, 10 à 15 d'entre elles souffrent de brûlures, les autres de fractures provoquées par des machettes ou de blessures par balle.

Une partie de mon travail ici a été d'opérer des fractures osseuses, en utilisant des fixateurs externes. C'est une technique d'immobilisation des os qui permet à la fracture de se réduire. L'objectif est de réparer la fracture, de réduire la douleur et de restaurer au mieux la fonctionnalité du membre. L'un des avantages de cette technique est que le risque d'infection, qui pourrait causer de graves problèmes, est minimal. L'acte chirurgical consiste à placer un certain nombre de broches ou de vis sur l'os de chaque côté de la fracture. Les pinces et les barres constituent l'« ossature externe ». Même si l'os est immobilisé, cette fixation externe permet au patient de continuer à bouger son membre, ce qui est impossible avec un plâtre.

Mes collègues kenyans disposaient déjà de quelques-unes des vis et broches nécessaires à ce type d'opérations, mais quand je suis arrivé, j'ai réalisé qu'il nous en faudrait sans doute plus. J'en ai donc commandé au siège de MSF à Genève et l'équipement est arrivé 24 heures plus tard. Nous avons presque fini le stock dont l'hôpital disposait et le matériel arrivé de Genève devrait nous permettre de traiter la vingtaine de patients qui nécessitent encore cette méthode de chirurgie.

J'ai pu jusqu'à présent opérer six patients avec ces fixateurs externes. Ce matin, il s'agissait d'un jeune homme de 29 ans, qui avait reçu deux balles dans la jambe il y a une semaine et avait été immédiatement amené à l'hôpital et opéré. Comme les balles ont fracturé son fémur, nous avons décidé de l'opérer à nouveau. L'opération a duré une heure et demie et a bien réussi. Il devrait pouvoir quitter l'hôpital dans quelques jours sur des béquilles. Il faudra seulement qu'il revienne pour faire changer ses pansements et faire de la rééducation.

Le soutien apporté par MSF a clairement aidé à la prise en charge des patients, car l'hôpital était assez débordé après les affrontements. Si les choses s'arrangent, l'hôpital pourra rapidement retrouver son fonctionnement normal et l'aide de MSF ne sera plus nécessaire.»

Plus des renseignements

Le 9 janvier 2008 : Kenya — Violences après les élections : MSF vient en aide aux personnes déplacées


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