Photo: Per-Anders Pettersson, MSF
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« Faites savoir au monde ce qui nous arrive »

En raison de la forte insécurité qui règne dans de nombreuses régions du pays, les possibilités d’accéder aux victimes de la guerre et de la violence sont limitées. MSF trouve cependant de nouveaux moyens pour venir en aide à la population iraquienne. En plus d’approvisionner différents hôpitaux du pays en médicaments et en matériel médical, les équipes de MSF ont commencé cette année à travailler dans les hôpitaux des provinces du Nord, relativement sécuritaires, qui accueillent de nombreux patients provenant des zones de conflit. Trois patients témoignent :


Nouvelles | 26 septembre 2007

Kamal est un jeune homme de 22 ans. Il est étendu sur son lit aux soins intensifs après avoir été opéré de la jambe gauche. Ses bras et son visage sont gravement brûlés. Lorsqu’il nous parle, il recouvre ses plaies avec une serviette :

« Je viens de Bagdad et je suis gardien dans une agence de sécurité. Il y a environ deux semaines, j’étais assis dans une fourgonnette — la première voiture d’un convoi de marchandises qui descendait du nord en direction de Bagdad — quand soudain, nous avons entendu une explosion. Je me suis évanoui et lorsque j’ai repris connaissance un court instant, j’ai vu le chauffeur étendu à côté de moi ; il était mort et les deux autres passagers étaient blessés. On nous a amenés dans cet hôpital. J’ai plusieurs fractures à la jambe gauche et des brûlures au visage, aux bras et sur le côté. Au total, 22 pour cent de la surface de mon corps a été brûlée, et j’ai été opéré de la jambe. Tout compte fait, je suis content d’être encore en vie. Quand je sortirai de l’hôpital, je reprendrai mon travail de gardien ; la vie doit continuer ! »

Dans le même service, un homme âgé est assis près du lit d’un jeune garçon :

« Youssif est le fils de ma nièce. Il a douze ans. Il y a deux semaines, lors d’une réunion de famille à Bagdad, des terroristes ont attaqué leur maison. Ils ont tué son père, son frère âgé de huit ans, la femme de son oncle qui était enceinte ainsi qu’un autre de ses oncles. Tous les biens ont été pillés et leur maison a été détruite. Youssif a été blessé par balle à la jambe et souffre de multiples fractures. Au début, nous l’avons amené dans un hôpital à Bagdad mais, même là, nous ne nous sommes pas sentis en sécurité. Nous avons donc pris une voiture privée et nous sommes venus ici, où Youssif a pu être opéré. Il va s’en sortir et il va pouvoir continuer sa vie et reprendre ses études. Mais nous ne retournerons jamais à Bagdad. Le père de Youssif était brillant, il était ingénieur. J’ai dit à Youssif que son père était encore en vie mais il m’a répondu : « Ne me mens pas, mon oncle, je l’ai vu étendu par terre là-bas. Je sais qu’il est mort. » Il a tout vu de ses propres yeux. Le corps de son petit frère était criblé de balles. Les terroristes l’ont tué avec une mitraillette. Depuis l’attaque, la mère de Youssif rencontre des difficultés d’ordre psychologique et se trouve à Kirkut. Elle souffre de rhumatismes depuis longtemps et maintenant elle est complètement immobilisée. Pour le moment, elle ne reçoit ni soins médicaux, ni soutien psychologique. Nous pourrons peut-être l’amener ici la semaine prochaine. Nous sommes très reconnaissants à cet hôpital et aux docteurs qui nous aident. Les soins ici sont très bons. Je vous en prie, faites savoir au monde ce que nous vivons ici ! »

Saïd est âgé de 30 ans et il est, lui aussi, aux soins intensifs :

« Je viens d’une petite ville près de Mossoul. Il y a cinq jours, je marchais dans la rue avec mon cousin quand soudain, une mitrailleuse a ouvert le feu dans notre direction. J’ai été touché par plusieurs balles du côté droit, ce qui m’a terriblement fait souffrir. Mon cousin, qui a échappé aux tirs, m’a amené ici, où j’ai pu être opéré. Les docteurs m’ont promis que je pourrais rentrer chez moi dans quelques jours. Dans ma ville, je suis propriétaire d’une station-service mais je ne veux plus retourner travailler là-bas. Quand vous êtes dans la rue, vous ne savez jamais à quel moment une bombe ou une voiture va exploser à côté de vous. Nous avons toujours su qu’un jour ou l’autre, quelque chose comme ça pourrait nous arriver. Nous en étions conscients. J’ai une femme et huit enfants et comme c’est trop dangereux de sortir sur la route, je leur dis de rester à la maison et de ne pas venir me voir. Je me fais constamment du souci pour ma famille. Mais que peut-on faire. C’est notre vie. »

Tous les noms des patients ont été changés.


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