Pérou: presque deux semaines après le séisme, la situation reste désespérée à Guadalupe
En tout, 25 membres du personnel MSF portent assistance aux populations touchées par le séisme du 15 août. MSF offre des services de santé mentale et des soins médicaux, distribue des produits de première nécessité, de l'eau potable et des services d'assainissement. Des équipes travaillent à Pisco, dans les régions plus reculées qui ont été touchées à l'est du pays, et récemment à Guadalupe, dans la banlieue de la ville d'Ica. « Je suis choqué de ce que j'ai vu dans la ville de Guadalupe. Dans le centre de la ville, 95 % des habitations sont détruites ou gravement endommagées ; les gens vivent dans la rue dans des conditions d'hygiène exécrables... Aucune aide n'est parvenue dans la ville de Guadalupe, même si celle-ci est située sur la Route panaméricaine », explique Luis Encinas, le coordinateur des urgences, qui a dirigé l'équipe MSF qui s'est rendue à Guadalupe le 25 août dernier. C'est une ville 12 000 habitants située à 100 km au sud-est de Pisco, dans la banlieue d'Ica.
Ica a été fortement endommagée, mais la situation s'améliore petit à petit, et les hôpitaux ont la capacité de répondre aux principaux besoins médicaux. La situation à Guadalupe reste, par contre, extrêmement précaire. Environ 10 200 personnes ont été touchées par le tremblement de terre de magnitude 8 qui a frappé la zone côtière centrale du pays le 15 août. À Guadalupe, l'unique centre de santé a vu le nombre de ses consultations augmenter de 250 %. Les médecins de MSF ont immédiatement offert des soins aux patients qui en avaient besoin et ont distribué des médicaments, de l'équipement médical et des couvertures.
« Nous avons rencontré une femme qui était coincée sous un pan de mur avec son enfant depuis l'effondrement de sa maison », explique Loreto Barcelo, médecin de MSF. Elle avait le pied cassé et sa petite fille souffrait de multiples fractures du bassin. Les médecins ont posé un plâtre à la fillette avant de la renvoyer chez elle 48 heures après. Quant à la mère, qui avait besoin d'une chirurgie orthopédique, elle n'a probablement même pas été traitée car le personnel médical était débordé. « Aujourd'hui, alors que le reste de leur famille passe encore ses nuits dehors par crainte d'un autre tremblement de terre, la mère et la fille sont clouées au lit, sans aucune assistance, dans la seule partie de la maison qui tient encore debout.
Le séisme a également eu des conséquences terribles sur la santé mentale des gens. « Après plus de dix jours sans avoir reçu aucune aide, en vivant parfois à plus de 40 dans une seule tente, ces personnes se sentent abandonnées et elles ne s'estiment pas reconnues comme victimes du tremblement de terre, explique Zohra Abaakouk, responsable du programme de santé mentale. Mais ils essayent de s'organiser du mieux qu'ils peuvent, malgré les douleurs, les troubles du sommeil, les peurs et l'anxiété... » Pour soulager la souffrance de ces personnes et pour éviter que leur état mental ne s'aggrave, une équipe de psychologues de MSF a commencé à dispenser un soutien psychosocial. Ils tiennent des sessions de groupe, appelées charlas et des consultations individuelles lorsque cela est nécessaire.
Dans les abris de fortune faits de carton et de draps de lits étendus devant les ruines des maisons, les familles vivent dans le froid et dans des conditions d'hygiène exécrables. Elles ne disposent ni de latrines ni d'eau potable et encore moins d'espace pour se laver. MSF leur fournira un accès à l'eau, un endroit pour se laver et des latrines. La distribution de couvertures et d'autres produits de première nécessité commencera cette semaine.
Luis Encinas a exprimé ses inquiétudes face à la situation : « Près de deux semaines après le séisme au Pérou, la situation des victimes n'est que très peu mentionnée dans les médias internationaux et, sur place, plusieurs organisations d'aide sont en train de quitter la zone sinistrée. Les besoins restent cependant immenses dans la région, et l'équipe de MSF rencontre toujours actuellement des populations qui ont désespérément besoin d'aide et qui ont été oubliées. Cette situation est inacceptable. Un plan d'urgence est nécessaire pour éviter à ces personnes de devoir vivre dans des conditions inacceptables ».
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