Le prix d'une naissance à Haïti
Avec l'aimable autorisation de Pierre-André Normandin, Le Soleil.
Port-au-Prince, Haïti
Publié le 23 mars 2008 :
Elamie Salomon souffle enfin. Non seulement son accouchement s’est-il bien déroulé, mais, en plus, il ne lui coûtera rien. É son troisième enfant à naître par césarienne, elle n’avait tout simplement pas les moyens de payer les 30 000 gourdes (800 $) pour une telle opération. Et son bébé n’allait certainement pas attendre que son père les trouve.
Taux de mortalité maternelle
« Les femmes qui viennent ici ont à peine assez pour nourrir leur famille, alors elles n’ont pas d’argent pour les urgences », dit le Dr Jospeh Iresmick Sampeur, de l’hôpital Jude-Anne à Port-au-Prince. La section canadienne de Médecins sans frontières a ouvert cet établissement en mars 2006 au cœur de la capitale haïtienne afin de réduire le taux de mortalité maternelle, le pire en Amérique. En moyenne, 630 Haïtiennes meurent pour chaque tranche de 100 000 naissances, selon l’ONG.
Techniquement, le gouvernement offre les soins obstétriques gratuitement aux femmes depuis janvier. Mais une récente enquête du quotidien haïtien Le Nouvelliste en mars révèle qu’aucun hôpital n’a encore emboîté le pas à la gratuité.
Seul établissement à financer l’ensemble des coûts des accouchements, le Jude-Anne s’est rapidement fait connaître dans les quartiers pauvres où les 300 gourdes (8 $) pour une naissance sont difficiles à trouver. Et ce, même si l’hôpital s’adresse principalement aux femmes à risque d’accoucher avec des complications, ce qui peut coûter jusqu’à 30 000 gourdes (800 $), une véritable fortune à Haïti.
Sa popularité est telle que les femmes sont prêtes à faire des heures de route pour se rendre au centre de Port-au-Prince. L’une des récentes patientes du Dr Sampeur est venue depuis Les Cayes, située à plus de six heures.
Avec seulement 75 lits, l’hôpital ne peut répondre seul à la demande. Une infirmière, Idlie, a la lourde tâche d’accueillir les femmes et de déterminer lesquelles pourront monter au deuxième étage pour accoucher. Dans sa salle, six femmes sont couchées et attendent son verdict. Si on se fie à sa moyenne, la responsable du triage devra annoncer à deux d’entre elles qu’elles devront se rendre dans un autre établissement. « Elles ne sont pas dans nos cibles, alors on les aide à se réacheminer vers un autre hôpital. »
Malgré tout, l’hôpital Jude-Anne bat des records. En novembre dernier, plus de 1500 femmes y ont accouché. C’est cinq fois le nombre des autres hôpitaux, selon le coordonnateur du projet, Victor Garcia Leonor.
Même si l’accouchement est gratuit, plusieurs mères du Jude-Anne ne sont pas prêtes à assumer le coût d’un enfant. Si bien que plusieurs quittent l’hôpital en laissant derrière elles leur bambin. Alignés dans un coin du troisième étage, ces petits attendent que le ministère des Affaires sociales vienne les chercher pour prendre le chemin d’un orphelinat.
© 2008 ’ Avec l'aimable autorisation de Pierre-André Normandin, Le Soleil.
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