April 23, 2013

À la veille du sommet sur les vaccins organisé par le cheikh Mohammed ben Zayed Al Nahyane, prince héritier d’Abou Dhabi, Ban Ki-Moon et Bill Gates, Médecins Sans Frontières (MSF) prévient que des prix trop élevés empêcheront les pays en voie de développement de garantir une vaccination complète aux enfants.

« Il faut agir d’urgence contre l’explosion du prix des vaccins pour les enfant. Celui-ci a augmenté de 2 700 pour cent ces 10 dernières années », déclare Manica Balasegaram, médecin et directeur de la Campagne d’accès de MSF. « Les pays dans lesquels nous travaillons vont bientôt perdre le soutien des bailleurs de fonds qui payaient pour les vaccins. Ces pays vont donc devoir choisir les maladies mortelles contre lesquelles ils pourront vacciner ou ne pas vacciner les enfants. »
La « décennie des vaccins », qui est l’initiative globale de vaccination pour les 10 prochaines années, a un coût estimé à 57 milliards de dollars. Plus de la moitié de cette somme représente le coût des vaccins à proprement parler. En 2001, le coût pour vacciner un enfant contre six maladies était de 1,37 dollar. Aujourd’hui, avec les 11 vaccins inclus dans la vaccination, le prix atteint désormais 38,80 dollars. Cette augmentation est principalement due à l’ajout de deux nouveaux vaccins très onéreux contre le rotavirus et le vaccin anti-pneumococcique, qui représentent 75 pour cent du coût. Exclusivement produits par Pfizer, GlaxoSmithKline (GSK) et Merck, ces vaccins sont beaucoup plus chers : vacciner un enfant contre la rougeole coûte 0,25 dollars alors que les vaccins anti-pneumococciques coûtent au minimum 21 dollars.

MSF vaccine des millions de personnes chaque année et soutient l’introduction de nouveaux vaccins dans les pays en voie de développement. Mais les négociations entre les groupes pharmaceutiques et l’Alliance globale pour les vaccins et l’immunisation (GAVI), largement financée par les contribuables, n’ont pas débouché sur une baisse des prix qui bénéficierait à un plus grand nombre d’enfants. L’absence de transparence des groupes pharmaceutiques sur les coûts de fabrication des vaccins et leur volonté d'engranger des profits plutôt que de garantir des prix équitables dans les pays pauvres sont la source du problème.

GAVI a récemment annoncé un accord qui réduit le prix du vaccin pentavalent. C’est un excellent exemple de ce que GAVI peut obtenir, surtout lorsque il y a plusieurs fabricants en concurrence. GAVI doit donner de toute urgence la priorité à des discussions sur les deux nouveaux vaccins qui sont les plus chers. De leur côté, les groupes pharmaceutiques doivent arriver à la table des négociations avec de meilleures offres.

« Lorsqu’on se base sur les prix surévalués qui sont pratiqués dans les pays riches, même une réduction de 90 pour cent équivaut à un prix impossible à assumer sur le long terme pour les pays pauvres », affirme Kate Elder, conseillère chargée de la politique des vaccins à la Campagne d’accès de MSF. « Le but est d’avoir le plus grand nombre d’enfants vaccinés avec l’argent des contribuables. Pour cela, il faut que les prix soient le plus proche possible du coût de production. GAVI doit en faire plus pour accélérer l’entrée sur le marché de fabricants qui offrent des prix réduits, stimulent la concurrence et qui puissent faire baisser les prix. C’est particulièrement important pour les deux nouveaux vaccins qui sont excessivement chers. »

MSF s’interroge aussi sur le fait que les acteurs humanitaires et les ONG ne peuvent pas bénéficier des prix négociés à la baisse par GAVI. MSF se trouve souvent en position de vacciner des groupes vulnérables tels que les enfants réfugiés, ceux atteints du VIH/sida ou encore ceux plus âgés qui sont passés entre les mailles du filet des programmes de vaccination. Toutefois, MSF n’est pas en mesure de bénéficier systématiquement des rabais négociés par GAVI. Il a fallu recourir à de longues négociations avec Pfizer ou GSK pour avoir accès au vaccin anti-pneumococcique. Les dons consentis à MSF par les compagnies ne sont pas une solution durable. En effet, MSF s’efforce de répondre rapidement aux besoins sur le terrain et souhaite étendre la vaccination aux groupes les plus vulnérables dans un nombre croissant de pays.

« Nous demandons à GAVI d’étendre ses rabais sur les prix des vaccins aux acteurs humanitaires qui sont souvent les mieux placés pour vacciner des populations en situation de crise », conclut le Dr Balasegaram.

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